Petite histoire de la fête de la Saint-Jean

Chaque année à une date aussi proche que possible du 21 juin*, les habitants de St Félix de Tournegat apportent de délicieux plats faits maison et de bons vins sur la place face à la mairie. Les tables sont installées et le barbecue est sorti de son abri. Les gens se rassemblent comme ils le font depuis des temps immémoriaux, bien avant le christianisme, pour vivre une cérémonie « magique » - c’est-à-dire pour aider le soleil à rester haut dans le ciel. Comme le dit une autorité reconnue Sir James Frazer** dans Le Rameau d’or, jadis les villageois croyaient pouvoir « ... aider le soleil dans son apparent déclin, soutenir ses pas défaillants et raviver la flamme de la lampe rouge dans sa main... »

Cette cérémonie est répandue dans toute l’Europe, de l’Irlande à la Russie et de la Norvège à l’Espagne. Curieusement elle est aussi, ou était, célébrée au Maroc et en Algérie, montrant ainsi qu’il s’agit d’une fête pré-chrétienne.
Dans certains villages une roue en paille est poussée du haut d’une colline, quelquefois la roue est en flammes lors de sa descente. C’est le soleil. Dans de nombreux villages les jeunes gens couronnés de fleurs de renoncule, armoise et verveine sautent par dessus le feu quand il commence à s’éteindre. Quelquefois le dernier marié doit être le premier à sauter.

A Saint Félix, après un repas festif et convivial, les villageois se dirigent vers le bûcher, l’allument et quand les flammes se mettent à monter haut ils chantent la chanson traditionnelle « Se canto*** ». Ainsi rassemblés autour du feu, on évoque l’année écoulée et on se donne des forces, avec les voisins, pour l’année solaire à venir.

A Saint Félix de Tournegat nous avons la chance d’avoir conservé cette tradition et les préparatifs de la soirée sont, petit à petit, pris en main par les jeunes de la commune qui, bien sûr, sont libres d’ajouter leur touche à la fête.
Si vous voulez donner un coup de main, jeunes ou moins jeunes, merci de contacter la mairie.

* Au solstice d’été, le 21 juin, le soleil atteint le point le plus septentrional le long de l’horizon. Il part pour un long voyage vers le sud jusqu’au solstice d’hiver à la mi-décembre. Jour le plus long de l’année, l’événement est fêté par tous, en allumant des feux de joie pour célébrer le soleil au sommet de sa puissance. Les feux donnaient aussi d’une manière rituelle de la force au soleil pour faire mûrir les fruits, les grains et protégeaient les hommes et le bétail des maladies.

** Sir James George FRAZER (1854-1941) anthropologue anglais
L'anthropologue britannique James George Frazer (1854-1941) est le premier a avoir dressé un inventaire planétaire de mythes et rites. Les 12 volumes de son Rameau d'or, parus entre 1911 et 1915, décrivent des milliers de faits sociaux et religieux , soit relevés par l'auteur sur le terrain ou dans ses lectures, soit relatés par ses correspondants cosmopolites (diplomates, administrateurs coloniaux, explorateurs, missionnaires). Tentant d'interpréter cette masse de comportements, Frazer fondait - presque inconsciemment - l'anthropologie religieuse et la mythologie comparée.

*** Chant composé selon la légende par Gaston Phébus (comte de Foix, 1331-1391) pour se faire pardonner ses nombreuses infidélités par son épouse, retirée dans sa famille en Navarre. Au-delà de son sens littéral, cette chanson d’amour, connue dans tout le pays d’Oc (avec des variantes dialectales ou des changements de paroles), est devenue l’hymne de tous ceux qui, à travers l’Occitanie, oeuvrent pour le renouveau de la culture régionale.

 

Se canto que canto

Debat ma fenestro,

Ya un aousélou

Touto la neî canto,

Canto sa cansou.

 

Se canto, que canto

Canto pas per you

Canto per ma mio

Qu’es al lent de you

 

Aquelos montagnos

Qué tan aoutos sount,

M’empatchon de bésé

Mas amous oun sount

 

Se canto, que canto

Canto pas per you

Canto per ma mio

Qu’es al lent de you

 

Baïssas bous mountagnos

Planos aoussas bous !

Perque posqui bésé

Mas amous oun sount.

 

S’il chante, qu’il chante

Se canto, que canto

Canto pas per you

Canto per ma mio

Qu’es al lent de you

 

Aquélos mountagnos

Tant s’abacharan

Mas amourettos

Se rapproucharan.

 

S’il chante, qu’il chante

Dessous ma fenêtre

Y a un oiselet

Toute la nuit chante

Chante sa chanson

 

S’il chante, qu’il chante

Chante pas pour moi

Chante pour ma mie

Qui est loin de moi.

 

Ces fières montagnes

A mes yeux navrés,

Cachent de ma mie*

Les trait bien aimés.

 

S’il chante, qu’il chante

Chante pas pour moi

Chante pour ma mie

Qui est loin de moi.

 

Baissez-vous montagnes,

Plaines haussez-vous

Que mes yeux s’en aillent

Où sont mes amours

 

S’il chante, qu’il chante

Chante pas pour moi

Chante pour ma mie

Qui est loin de moi.

 

Les chères montagnes

Tant s’abaisseront

Qu’à la fin ma mie

Mes yeux reverront.